Yoga et douleur chronique

 Dans Yoga

Une personne sur cinq, et trois aînés sur quatre, souffrent de douleur chronique. Le plus souvent, la douleur chronique force à renoncer à ses loisirs, à son métier et à ses projets. Elle peut devenir un vrai cauchemar, car elle occupe tout l’espace et empêche les personnes qui en souffrent de vivre normalement. Elle les isole même des autres.

Parfois, les médicaments ne suffisent pas à calmer la douleur chronique et les médecins orientent leurs patients vers des approches complémentaires pour les aider à mieux gérer cette douleur.

 

Le yoga fait son entrée dans les cliniques de la douleur

Depuis janvier 2012, des cours de yoga sont offerts à la Clinique externe de la douleur de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal. Pour le Dr David Lussier, gériatre, il est clair qu’il s’agit d’une pratique qui entraîne de nombreux bienfaits pour les participants. «Quand on parle de prise en charge de la douleur, il faut aller vers autre chose que les médicaments, parce qu’avec ces derniers, on est assez limité dans ce qu’on peut faire avec les personnes âgées. De plus, les médicaments entraînent beaucoup d’effets secondaires. Alors, si on utilise des méthodes autres que la médication, par exemple la psychothérapie, la physiothérapie, etc., on a beaucoup plus de chances que cela fonctionne. Et le yoga s’inscrit également dans cette démarche.»

La Dre Aline Boulanger, qui dirige la Clinique de la douleur du CHUM, à l’Hôtel-Dieu, partage cet avis. Depuis septembre 2014, chaque semaine, les patients sélectionnés par le service médical viennent pratiquer le yoga de façon régulière.

 

Alors, finalement, le yoga peut-il soulager la douleur chronique?

Eh bien, oui, et ce sont les témoignages des élèves qui le prouvent! J’ai la chance d’enseigner à ces deux endroits, et je peux vous dire que je vois une différence dans la vie des patients.

«Quand le Dr Lussier m’a proposé de faire du yoga, je n’y croyais pas vraiment, mais j’ai accepté, je n’avais rien à perdre», comme le mentionne une élève assidue depuis plusieurs années. «J’ai découvert toute la puissance de la respiration, de la relaxation et des exercices articulaires.» Cette élève trouve très important de pratiquer une fois par semaine avec une professeure, mais assure que le yoga est entré dans son quotidien: chaque matin, avant de commencer sa journée, elle fait quelques cycles de salutations au soleil afin de réchauffer ses articulations! «Et puis j’utilise la respiration yogique au besoin, si je suis énervée, si j’ai mal, si je dois subir un examen médical douloureux. Et ça marche!»

Quand les élèves arrivent dans mes classes, je leur dis: «J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle à vous annoncer. La mauvaise, c’est que le yoga ne va pas vous guérir. La bonne, c’est que vous allez apprendre à mieux vivre avec votre douleur chronique.» Il ne faut pas faire de fausses promesses. Mais il est vrai que le yoga aide à mieux vivre avec la douleur chronique. Et je parle en connaissance de cause, puisqu’au moment où j’ai commencé à pratiquer le yoga, je souffrais de fibromyalgie, et la pratique régulière du yoga m’a appris à mieux vivre avec mes douleurs et même à les atténuer.

 

Comment se déroule une classe de yoga à la clinique de la douleur?

Les bases étant établies, comment se déroule une classe de yoga à la clinique de de la douleur?

Tout d’abord, et c’est très important, il y a seulement sept à huit élèves par classe afin que la professeure puisse être attentif à chaque élève.

Avant chaque classe, on fait un partage, que j’appelle «l’énergie du jour». Cela permet aux élèves d’exprimer comment ils se sentent ce jour-là.

Puis, on commence tout simplement par leur faire prendre conscience de l’importance d’une belle posture bien enracinée et bien alignée, que ce soit assis ou debout. Au début, cela leur semble être un détail, mais très vite ils se rendent compte que si le corps se place correctement, ils respirent mieux et certaines tensions disparaissent d’elles-mêmes.

Ensuite, on les invite à prendre conscience de leur souffle, à rester concentrés sur l’air qui entre et ressort par les narines, pour les amener tout doucement vers un état de détente.

 

Accueillir les sensations

On leur demande d’accueillir les sensations au niveau du corps, qu’elles soient agréables ou désagréables, l’essentiel étant de se reconnecter avec ce corps qu’ils habitent dans l’instant présent, sans rejet, sans jugement, en acceptant que chaque sensation a le droit de se manifester, même si la sensation est une douleur… Puis le même travail est fait avec les émotions qui suivent les sensations. Chaque émotion est accueillie, aucune n’est rejetée, aucune n’est jugée bonne ou mauvaise, car c’est juste une émotion. L’essentiel, c’est d’être à l’écoute de son corps, de le laisser s’exprimer, d’entendre ses messages et d’accepter les fluctuations du mental qui en découlent.

Chaque classe est adaptée à l’énergie du groupe, qui est différente chaque semaine pour de multiples raisons, et il est important que la professeure construise sa classe en fonction de l’énergie que dégagent les élèves présents.

 

Exercices respiratoires et articulaires

Différents pranayamas (exercices respiratoires) sont pratiqués. C’est souvent une découverte étonnante pour les élèves, et très vite ils les utilisent dans leur quotidien, car ils peuvent mesurer la force de la respiration, qui est un de leurs outils les plus précieux, toujours à leur disposition.

À chaque classe, on propose des exercices pour faire bouger toutes les articulations du corps, les lubrifier, leur redonner une certaine mobilité, en commençant par les orteils pour terminer par le sommet de la tête. Ces exercices très doux permettent d’enlever les nœuds, les blocages dans les articulations, ce qui permet une meilleure circulation des fluides du corps et déjà enlève certaines douleurs.

La salutation au soleil (sur chaise ou au sol, en fonction des classes) est également un exercice de réchauffement merveilleux. Elle réveille tous les systèmes principaux du corps et donne une sensation de plénitude et de bien-être.

Toujours en fonction des classes, on pratique une série de postures de hatha yoga. Celles-ci sont bien sûr adaptées en fonction de la pathologie de chaque élève et de sa condition physique ce jour-là.

Chaque classe se termine par une relaxation. C’est un incontournable, car c’est là que le yoga prend tout son sens: on laisse le temps au corps de se nourrir de toute cette énergie dégagée pendant la pratique. C’est un moment précieux d’immobilité qui permet à l’élève d’accueillir à nouveau ses sensations, ses émotions… Tout simplement Être, s’accepter sans jugement.

 

Un chemin vers le mieux-être

Le yoga pratiqué dans les cliniques de la douleur est un yoga doux, pratiqué dans le respect de son corps et de ses limites. Il n’y a aucun objectif à atteindre, c’est un processus, un chemin qui mène vers un mieux-être… Une acceptation de ses limitations, de sa vulnérabilité pour redécouvrir une force en soi, toujours présente, mais qu’on a peut-être oubliée.

Bien sûr, pour ressentir les bienfaits du yoga, il faut que la pratique soit régulière, qu’elle soit effectuée avec patience et persévérance. Le yoga peut donc aider à mieux vivre avec la douleur chronique et certains patients arrivent même à diminuer leur médication, car ils retrouvent confiance en eux et reprennent une sorte de pouvoir sur leur santé.

Évidemment, le yoga est une approche complémentaire aux traitements médicaux. Il est donc très important de demander conseil à son médecin avant de commencer le yoga, et de se laisser guider par une professeure certifiée qui saura vous accompagner dans votre pratique en fonction de vos limitations. Les bienfaits se font ressentir très rapidement, les douleurs diminuent et le bien-être augmente.

Dans le cadre de la gestion de la douleur chronique, les classes de yoga sont proposées sur chaise ou au tapis, en fonction des limitations des élèves. Dans ces conditions, la pratique du yoga est accessible à tous, quels que soient l’âge et l’état de santé.

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